FONCTIONNEMENT
Du Système D à l'asbl
Le type de fonctionnement interne propre aux GA est ce qui les diversifie le plus. En effet, si les produits achetés en commun sont peu ou prou de nature similaire, par contre la manière de les choisir, les conditionner, les répartir, les transporter, bref les gérer, varie fortement d'un GA à l'autre.
La formule oscille depuis quelques familles réduisant au strict minimum les corvées indispensables et se les répartissant en tournante jusqu'à l'organisation en asbl avec personnel permanent assurant transport, contacts avec les producteurs et information pour plusieurs centaines de familles.
Bien évidemment, le mécanisme des prises de décision (organisation du pouvoir) fluctue également, se panachant entre cogestion libertaire, délégation des tâches, répartition hiérarchisée et codifiée.
Les obstacles
Chaque formule présente des avantages et des inconvénients. Quelles sont les difficultés les plus fréquentes ?
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L'effet entonnoir : les tâches les plus ingrates se retrouvent peu à peu confiées aux personnes les plus motivées ou les plus responsabilisées. Celles-ci s'épuisent lentement mais sûrement et dégoûtent toute relève potentielle.
Les conflits de personnes : faute de trop formaliser, les échanges « tiennent » grâce à leur qualité de confiance et leur fiabilité. Lorsque ces qualités se détériorent ou viennent à faire défaut, malentendus et sentiments d'injustice se répandent, pouvant conduire au départ de participants voire à l'échec du GA.
Les conflits idéologiques : proximité d'abord ou bio ? légumes seuls ou viande et produits laitiers ? Il y a intérêt à préciser dès le début ou à l'arrivée d'un nouveau participant quels sont les critères de choix des producteurs et des produits décidés par le GA sous peine de remises en question perpétuelles et démotivantes.
Le manque de porteurs : si les tâches sont réparties sur quelques têtes, il faut pouvoir les soutenir et préparer la relève. Les « porteurs » se retrouvent souvent le point de contact entre les différents acteurs du GA et sont ainsi amenés à recevoir remarques et critiques qui ne les concernent pas directement alors qu'au départ, ils voulaient simplement aider à l'organisation. Il n'est donc pas simple d'assurer ces rôles. Une association peut pallier ces problèmes en offrant, par exemple, des formations, un service d'aide-conseil, une intervention pour aider à l'évaluation du projet.
Le transport des denrées : il faut que les fournitures arrivent à bon port et en bon état, c'est à dire le plus rapidement possible, du producteur au participant du GA. Plusieurs solutions sont possibles :
- le producteur livre dans un local où les commandes sont préparées, mise dans des sacs ou des bacs, contrôlées par rapport à la commande transmise. Chaque participant passe prendre sa commande aux heures prévues pour la permanence.
- un membre du GA se rend chez le producteur, prend livraison des denrées et, soit, les stocke chez lui où chacun passe, soit les livre directement chez chacun
- le GA s'organise pour financer un transport commun (cotisation payant les trajets ou personnel rémunéré)
Pour ne pas devoir utiliser un véhicule d'importance commerciale (camionnette) ou permettre de répartir les trajets entre les participants, les GA doivent limiter leurs moyens de transport à un véhicule de taille familiale. Cette restriction a amené certains GA à limiter leurs participants à une dizaine de familles, un nouveau GA étant créé si ce nombre est dépassé.
Le conditionnement : là aussi, les formules varient. Si le système du panier est choisi (assortiment composé par le producteur ou le point de vente intermédiaire selon des demandes préétablies), c'est généralement le fournisseur qui pèse et emballe. Dans d'autres cas, où les denrées arrivent groupées par type, ce sont les volontaires du GA qui pèsent et conditionnent les commandes. La question du contenant n'est pas anodine : sacs en papier, bacs réutilisable, ? il faut pouvoir organiser éventuellement un retour des contenants vidés.
La manipulation d'argent : il est impératif que la comptabilité des GA soit transparente et régulière. L'inscrire dans la comptabilité d'une asbl (l'association porteuse, le GA lui-même ou un regroupement de GA) garantit sa distinction avec une activité à caractère marchand, clarifiant la situation légale et l'attitude que l'administration peut développer à son égard (surveillance de la concurrence, taxation, lutte contre le travail illégal, etc).
D'autre part, le paiement des fournitures peut poser problème à des personnes démunies chroniquement ou temporairement. La stabilité du GA joue alors un rôle important, permettant des explications et des résolutions sur une période longue grâce à la qualité relationnelle qui s'y est construite.
Les locaux : un local consiste souvent un souhait des GA car il permet un lieu de répartition, de conditionnement des achats qui n'empiète pas sur la vie privée des participants. On peut également y stocker du matériel pour le transport des achats, y organiser l'une ou l'autre activité complémentaire. Un local pose aussi la question de sa gestion : location ou achat, entretien, gardiennage. Il peut aussi compliquer l'organisation. Ainsi, en Flandre, un local qui servait à regrouper les achats avant distribution a été inspecté par l'administration qui exigeait des conditions d'aménagement similaires à un local commercial de stockage d'aliments (frigorifiques, carrelages, etc).
L'affiliation : participer, cela doit se marquer par une procédure d'adhésion. Celle-ci dépend de la nature du GA (association de fait, association sans but lucratif, groupe local d'une association) et peut se traduire par une simple acceptation ou, plus formel, une cotisation versée à l'association porteuse. L'affiliation n'est pas toujours claire pour quelqu'un qui souhaite rejoindre un GA et il importe de préciser dès le départ le type d'affiliation et ce qu'elle comporte comme obligations et comme avantages. Souvent, la participation pratique au système d'achats groupés est rapidement acceptée et un temps de transition permet de clarifier voire formaliser la participation complète à l'organisation.