Près de 100 millions d’hectares dans le monde sont cultivés avec des techniques
agro-écologiques.
L’agro-écologie a une double fonction, économique – amélioration des rendements et des gains des
cultivateurs – et environnementale – lutter contre l’érosion, préserver les ressources en eaux et la biodiversité.
Ses objectifs principaux sont de faire évoluer l’agriculture à
orientation quantitative vers une agriculture qualitative impliquant un renouvellement des buts et des moyens.
Cette agriculture, dont Pierre Rabhi est, en France, un des
représentants les plus connus, respecte les écosystèmes et intègre les dimensions économiques, sociales et politiques de la vie
humaine.
Il ne s'agit donc pas d'une approche purement technique, mais
d'une approche globale basée sur la reconnaissance des savoirs et savoir-faire paysans.
Pierre Rabhi présente les principes de l'agroécologie (également
repris ci-dessous) dans un petit reportage.
L'agroécologie en 12
points
Issue d’une démarche scientifique attentive aux phénomènes
biologiques, l’agro-écologie associe le développement agricole à la protection-régénération de l’environnement naturel c'est-à-dire
:
# un travail du sol qui ne bouleverse pas sa structure, son
ordonnancement vital entre surface et profondeur, entre terre arable, siège de micro-organismes aérobies, et terre profonde et souvent argileuse, siège de micro-organismes anaérobies - chaque
catégorie microbienne a un rôle spécifique ;
# une fertilisation organique
fondée sur les engrais verts et le compostage : fermentation aérobie des déchets d’origine animale et végétale et de certains minéraux non agressifs, pour la production d’un humus
stable, véritable nourriture et remède pour la terre dont il améliore la structure, la capacité d’absorption, l’aération et la rétention de l’eau. Ces techniques ont l’avantage d’être totalement
accessibles aux paysans les plus pauvres ; et ce faisant, réduire l’utilisation d’intrants artificiels, nuisibles à l’environnement, chers ou rares ;
# une gestion plus efficace des éléments nutritifs en
recyclant la biomasse et en ajoutant régulièrement des résidus agricoles, du fumier d’origine animale et des composts, pour accroître
l’accumulation de matières organiques dans les sols, mais aussi pour équilibrer et optimiser le cycle nutritif;
# des traitements
phytosanitaires aussi naturels que possible et utilisant des produits qui se dégradent sans dommage pour le milieu naturel, et des substances utilisées traditionnellement pour
lutter contre parasites et maladies cryptogamiques (le neem, le caelcedra, le cassia amara, les cendres de bois, des graisses animales...)
# le choix judicieux des
variétés les mieux adaptées aux divers territoires avec la mise en valeur des espèces traditionnelles locales ; maîtrisées et reproductibles localement (animaux et végétaux)
elles sont le gage d’une réelle autonomie, permettent d' offrir une gamme de services écologiques importants et augmentent la résistance et la résilience de l’écosystème agricole aux changements
;
# l'augmentation de la
couverture par exemple avec du fumier et des engrais verts, tout en réduisant l’importance du désherbage, si possible à zéro, pour minimiser l’érosion des sols, la perte
d’eau/d’humidité et de substances nutritionnelles ;
# l'économie et l'usage
optimum de l'eau. L’irrigation peut être accessible lorsqu’on a compris l’équilibre entre terre et eau ;
# le recours à l’énergie la
plus équilibrée, d’origine mécanique ou animale selon les besoins mais avec le souci d’éviter tout gaspillage ou suréquipement couteux. La mécanisation mal maîtrisée a été à
l’origine de déséquilibres économiques et écologiques parfois graves, mais aussi de dépendances (pannes, énergie combustible importée à coût élevé). Il ne s’agit pas de renoncer au progrès mais
de l’adapter aux réalités au cas par cas : l’énergie métabolique humaine et animale est parfois préférable à une mécanisation mal maîtrisée, facteur de démobilisation ;
# des travaux anti-érosifs de
surface (diguettes, microbarrages, digues filtrantes, etc.) pour tirer parti au maximum des eaux pluviales et combattre l’érosion des sols, les inondations et recharger les nappes
phréatiques qui entretiennent puits et sources... ;
# la constitution de haies
vives pour protéger les sols des vents et constituer de petits systèmes favorables au développement des plantes cultivées, au bien-être des animaux, au maintien d’une faune et
d’une flore auxiliaires utiles ;
# le reboisement des surfaces
disponibles et dénudées avec diversité d’espèces pour les combustibles, la pharmacopée, I’art et l’artisanat, la nourriture humaine et animale, la régénération des sols,
etc...
# la réhabilitation des
savoir-faire traditionnels conforme à une gestion écologique économique du milieu.
Semis direct sur couveture végétale
permanente, exemple d'agroécologie
La principale méthode agro-écologique consiste à protéger les sols par une couverture végétale permanente. Cette couverture peut être morte, comme de la paille de riz, ou vive, comme des plantes
légumineuses. Elle reste en permanence dans les champs et le paysan sème par-dessus dès la première pluie en décembre.
On appelle communément cette technique le SCV, Semis direct sur Couverture Végétale
permanente. Le SCV permet de restaurer la fertilité de la terre, d’accroître les rendements des paysans et de réduire les travaux pénibles puisqu’il n’y a plus besoin de
labourer.
Le passage à l’agro-écologie permet, selon Jean-Marc Van der Weid (responsable d'une ONG brésilienne appelée AS-PTA), des
rendements agricoles jusqu’à cinq fois supérieurs aux méthodes traditionnelles (en zone tropicale) et deux à trois fois plus importants, en
moyenne, que l’agriculture conventionnelle. Et ce, sans recourir aux pesticides ni aux engrais chimiques.
Le défi majeur : le processus de
transition
Le processus de transition pour passer à l’agro-écologie n’est pas facile. La transition dure quatre ou cinq ans,
davantage pour des sols difficiles.
Il s'agit donc de convaincre les paysans avant de les former et en leur offrant un soutien à long terme et des financements soutenables.
Quelques liens
intéressants
CIRAD Agroécologie : http://agroecologie.cirad.fr/
Agroecology in action (en anglais) :
http://agroeco.org/index.html
How to teach Agroecology (en anglais) : http://agroeco.org/doc/HowToTeachAgroeco.pdf